Les Chevaliers de la Croix

 

Issue de la Loge Sainte-Caroline et fondée le 14.10.1805 selon Bésuchet, la Loge parisienne des Chevaliers de la Croix peut être considérée comme la façade maçonnique du grotesque Ordre du Temple de Fabré-Palaprat. Le docteur Ledru, qui en a été Vénérable, prétendait détenir le fameux héritage templier, par l'intermédiaire d'un certain Radix de Chevillon qui l'aurait lui-même reçu, en 1792, d'un dernier grand maître secret de l'ordre du Temple, Timoléon de Cossé-Brissac.

On lira avec intérêt à ce sujet le remarquable texte de Jean-Vincent Bacquart tiré de son livre Mystérieux Templiers – Idées reçues sur l’ordre du Temple. Citons-en ce savoureux extrait :

Le templarisme est mort, vive le néo-templarisme ! Tout droit sorti de l’esprit de maçons en rupture du Grand Orient de France, les « chevaliers de l’ordre du Temple » font leur retour en grande pompe sous l’Empire. Le médecin Bernard-Raymond Fabré-Palaprat prétend en effet détenir un incroyable document, la Carta Transmissionis. « Daté » de 1324, il révèlerait qu’avant de mourir, Jacques de Molay a transmis les rênes du Temple à un certain Jean-Marc Larmenius. Encore plus époustouflant, ce document est suivi d’une liste des vingt-deux grands maîtres qui se sont succédé ensuite, jusqu’à Fabré-Palaprat lui-même ! Tous ces personnages, dont Bertrand du Guesclin, ont – évidemment – pris soin de laisser à la postérité une signature autographe.

Le faux a beau être grossier, les candidats à la chevalerie templière affluent. En 1808, le mouvement compte près de deux cents membres, qui, avec la bénédiction du pouvoir napoléonien, mènent procession à cheval dans les rues de Paris. Entouré de dignitaires aux titres ronflants, Fabré-Palaprat dirige ainsi son ordre de carnaval en rêvant de prieurés en Tartarie, au Japon ou au Congo. Pourtant, la situation ne semble pas satisfaire les ambitions mégalomanes du néo-templier.

Expert en « découverte » de faux documents, le bon docteur exhume bientôt un manuscrit grec, qui dévoile une version inédite de l’Évangile de Jean : Jésus était un initié aux mystères du cosmos, secret qui a été gardé par les patriarches de Jérusalem, puis par les templiers. Fabré-Palaprat utilisera cette mystification pour lancer sa propre religion en 1828 : l’Église des chrétiens primitifs, qui disparaîtra vers 1840, tout comme les néo-templiers… 

Ce Manuel des Chevaliers de l'Ordre du Temple fait partie des collections de la Grande Loge Nationale Française, qui le présente dans son musée virtuel avec le commentaire suivant :

Manuel des Chevaliers de l'Ordre du Temple. A Paris, 1817. 246 pp. Il comprend, en outre, un calendrier avec la chronologie du 19e siècle avec la datation "templière".

En 1804, un aventurier du nom de Bernard Raymond Fabré-Palaprat, tour à tour séminariste, officier de santé et pédicure, prétendit être le successeur de Jacques de Molay comme Grand Maître de l'Ordre du Temple et réussit à en convaincre un nombre non négligeable de Francs-Maçons, dont l'Abbé Grégoire ; son Ordre néo-templier, qui a même bénéficié d'un soutien officiel sous l'Empire, était souché sur la loge Sainte Caroline du Grand Orient de France, qui devint la Loge des Chevaliers de la Croix avant d'être exclue de cette Obédience en 1841.

A la manière du Prieuré de Sion du Da Vinci Code, l'Ordre du Temple aurait eu, après 1314, une succession de Grands Maîtres prestigieux, dont les noms et les pseudo signatures étaient recensés sur une charte dite de Larmenius, à qui Jacques de Molay aurait confié la mission de lui succéder. On y trouvait, par exemple, les noms de Bertrand du Guesclin, Henri de Montmorency, Charles de Valois, Philippe Duc d'Orléans, le Prince de Condé, ...

Ce Manuel des Chevaliers du Temple, paru en 1804, était le régulateur de ce pseudo Ordre templier et maçonnique.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, l'Ordre connaît encore une résurgence.

Bomtempo

La Loge des Chevaliers de la Croix connut dès sa création une grande notoriété, qui démontre à la fois la naïveté et la prétention de nombreux maçons de cette époque. Témoigne de cet engouement le compte-rendu (p. 121) de sa séance du 25 janvier 1840 paru dans le Tome 2 du Globe, où sont cités (p. 124) quelques anciens membres particulièrement prestigieux et où il est mentionné que la Loge, moins de cinq ans après sa création ... comptait déjà, sur le tableau de ses membres, 540 chevaliers, dont 202 résidents et 338 non résidents, et six loges affiliées.

En 1810, elle se signala par une spectaculaire manifestation publique de philanthropie.

Après 1815, ses activités se ralentirent considérablement et en 1830 des divergences de vue politiques entraînèrent une scission, les Chevaliers croisés. En 1839, la Loge fut autorisée par le Grand Orient à sortir de son sommeil, ce qui fait l'objet d'une relation publiée par Le Globe (p. 243) sous le titre Reprise des Travaux à la Loge des Chevaliers de la Croix, dont nous reproduisons les passages suivants :

Le 8 août, la Loge des Chevaliers de la Croix, après un sommeil de plusieurs années, a procédé à la reprise de ses travaux. Cet atelier, dont tous les membres appartiennent à l'ordre du Temple, s'est toujours fait remarquer par son attachement soutenu et sa constante fidélité au Grand Orient de France, qui vient enfin de décider la réouverture d'une des plus anciennes loges chapitrales de sa correspondance.

A huit heures les travaux ont été ouverts sous la présidence du frère Raoul, son dernier vénérable en exercice ... On remarquait à l'orient plusieurs Templiers décorés du cordon d'officier du Grand-Orient de France ...

Le vénérable a donné lecture de la décision de la grande chambre symbolique qui autorise la reprise des travaux de la loge ... 

Il a été immédiatement procédé à l'initiation de trois ....... Nous n'osons dire profanes, car ils étaient chevaliers de l'ordre du Temple. Dans le cérémonial, le rituel maçonnique a été suivi scrupuleusement ...

... le vénérable frère Raoul, président, a rappelé, dans une courte et touchante allocution, qu'il avait, à titre de fondateur, coopéré, conjointement avec plusieurs Templiers francs-maçons, à l'établissement de la loge des Chevaliers de la Croix, qui date de l'année 1804 (ère vulgaire) ; que cet atelier a compté parmi ses membres toutes les illustrations militaires, civiles et administratives de la France ; que les personnages les plus élevés en dignités se sont honorés d'en faire partie ; et qu'on a vu des princes étrangers, assis sur les marches du trône, venir maintes fois se placer sur ses colonnes et se mêler à leurs frères avec un honorable empressement. Le frère Raoul a terminé en disant qu'il se félicitait, après une si longue carrière et lorsque seul il survivait aux fondateurs de la loge des Chevaliers de la Croix, de présider à la reprise des travaux de cet atelier, et de donner au char de sa glorieuse et utile destinée une nouvelle impulsion en avant ...

Après cela Raoul céda le Vénéralat à Valleray (qui le céda rapidement à de Branville), mais devint 1er Surveillant (désigné comme Raoul père ; Raoul fils était lui secrétaire).

Mais en 1841 la Loge allait être exclue du Grand Orient.

Elle a compté parmi ses membres :

On trouve sur ce site deux cantiques créés pour cette Loge (1, 2).

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