Chansons pour le Marquis de Gages

 

François Bonaventure Joseph du Mont, marquis de Gages (1739-1787), est sans aucun doute la figure la plus marquante de la maçonnerie belge au XVIIIe.

Héritier fort jeune d'une grande fortune, il était très assoiffé de reconnaissance sociale et de titres nobiliaires : comme l'écrit Andries Van den Abeele dans son article « La Parfaite Egalité » à l’Orient de Bruges, c'était l’un des chasseurs de titres de noblesse et de signes décoratifs les plus actifs et les plus opiniâtres de sa génération et il n’hésita pas pour ce faire à recourir à des moyens pour le moins discutables (les historiens mentionnent que certains des documents exhibés à cette fin étaient sans doute des faux).

ci-dessus à gauche : portrait du marquis, repris, avec l'autorisation de l'auteur, de l’article de Gaston De Kinder-Dehennault, Le marquis de Gages, paru en 1996 dans les Publications des ACTA MACIONICA.

ci-dessus à droite (détail ci-dessous) : la signature du marquis de Gages (suivie de 3 fois 3 points d'exclamation - symbolisant l'acclamation rituelle - ainsi que des initiales de Grand Maître Provincial) figure sur un diplôme de Rose-Croix daté de 1783 (il est à noter que ce diplôme porte la devise - d'origine inconnue et de signification discutée - Victori dat premia virtus dont on voit ici le début ; elle allait figurer plus tard en tête des documents du Grand Orient de Belgique pendant ses premières décennies d'existence ; on la trouve aussi en 1785 - avec l'orthographe praemia - en tête d'un diplôme de la Parfaite Union de Luxembourg, Loge également constituée par le Marquis de Gages).

On n'a aucune certitude sur la date et le lieu de sa réception dans la maçonnerie, mais on sait qu'il eut, à l'époque où il vivait en France, d'excellentes relations avec le comte de Clermont, Grand Maître de la maçonnerie française.

Cela lui valut, après qu'il se fût installé à Mons et y fût devenu en 1765 le Vénérable de la Parfaite Harmonie (fondée en 1763), le titre, octroyé par celui-ci, de Grand Maître provincial et inspecteur des loges rouges et bleues pour les provinces de Flandres, de Brabant et de Hainaut.

La crise de la Grande Loge de France à cette époque le pousse à se tourner vers l'Angleterre, et en 1770 il obtient de Londres (source) une patente de Grand Maître Provincial pour les loges dans les Pays-Bas autrichiens :

Nous soussigné Grand Maître Provincial, chargé du soin des loges étrangères, déclarons que sur la connaissance du Zèle et des Talents du très-noble et très-éclairé et très respectable Frère François Bonaventure Joseph du Mont, Marquis de Gages, nous avons de notre pur mouvement demandé la patente de l'autre part: nous désistant en conséquence comme nous nous désistons par ces présentes de toute juridiction immédiate sur toutes les loges régulièrement constituées ou à constituer régulièrement dans les Pays-Bas autrichiens, autant cependant que ledit Frère de Gages remplit avec fidélité l'engagement qu'il a pris entre nos mains par son écrit en date du 17 décembre 1769, signé de sa main, et scellé de ses armes.

En foi de quoi, nous avons signé le présent à Londres ce 20 Mars an de 5770 (1770)

(s) de Vignoles, G.M.P., pour les loges étrangères.

Ndlr : le Vignoles en question (personnage d'ailleurs assez douteux) est un des auteurs de la Lire maçonne.

Gages obtenait ainsi le leadership de la franc-maçonnerie dans ces régions et, sans plus rendre de comptes à Londres (ni payer les droits dûs), il allait faire prospérer de 1770 à 1786 sa Grande Loge provinciale des Pays-Bas autrichiens, que, comme on le voit ci-dessous, il considérait comme sa propriété personnelle.

En 1786, 23 Loges en dépendaient, mais Joseph II, comme il l'avait fait en Autriche, restreignit d'autorité ce nombre ; Gages, déçu de ne pouvoir empêcher cette évolution, se retira à ce moment.

Gages avait fait figurer ses propres armes (ci-dessous à gauche, avec ses trois trèfles) au coeur du sceau (à droite, avec la mention GRANDE LOGE DES PAYS-BAS AUTRICHIENS A LORIENT DE MONS ; détail ci-dessous au centre) de la Grande Loge provinciale.

à droite : l'ex-libris du marquis reproduit ses armes telles que ci-dessus.

à gauche : ce blason de gueules au chevron d'or, accompagné de trois trèfles d'argent est encore celui de la localité de Bachant (Nord) dont Gages était le seigneur et où il est mort.

Une de nos sources pour cette page est l'ouvrage Le marquis de Gages (1739-1787). La Franc-maçonnerie dans les Pays-Bas autrichiens (Problèmes d’Histoire des Religions édités par Alain Dierkens, XI/2000. Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles).

On lira aussi avec intérêt l'article THE ENGLISH PROVINCIAL GRAND LODGE OF AUSTRIAN NETHERLANDS AND ITS GRAND MASTER,THE MARQUIS DE GAGES publié en 1912 par Goblet d'Alviella dans le vol. 25 de la revue Ars Quatuor Coronatorum.

Nous avons connaissance de quatre documents, contenant poèmes et/ou chansons, qui lui sont dédiés :

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